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Caractérisation et Identification ​

Ce chapitre présente les méthodologies permettant d'identifier les paramètres caractéristiques d'un système SLIT à partir de différentes représentations : diagramme des pôles et zéros, réponse indicielle ou réponse fréquentielle.

Objectifs de la caractérisation ​

La caractérisation d'un système consiste à déterminer ses propriétés fondamentales :

Caractéristiques temporelles ​

  • Stabilité : Le système converge-t-il vers un état d'équilibre ?
  • Présence de dépassement : La réponse dépasse-t-elle la valeur finale ?
  • Temps de réponse à 5% : Temps pour atteindre définitivement ±5% de la valeur finale
  • Amortissement : Caractère oscillatoire ou apériodique de la réponse

Caractéristiques fréquentielles ​

  • Type de filtre : Passe-bas, passe-haut, passe-bande, réjecteur
  • Amplification : Gain statique ou gain maximum
  • Fréquence propre : Fréquence caractéristique du système
  • Résonance : Présence et valeur du pic de résonance
  • Comportement asymptotique : Pente en basse et haute fréquence

Identification à partir du diagramme des pôles et zéros ​

Le diagramme des pôles et zéros fournit une représentation visuelle qui permet d'identifier rapidement les caractéristiques principales d'un système.

Stabilité ​

Un système est asymptotiquement stable si et seulement si tous les pôles sont situés dans le demi-plan gauche du plan complexe, c'est-à-dire :

Re(pk)<0pour tout k
Exemple de système stable : tous les pôles sont dans le demi-plan gauche

Règle pratique

  • Pôles dans le demi-plan gauche → Système stable
  • Pôle sur l'axe imaginaire → Système marginalement stable
  • Au moins un pôle dans le demi-plan droit → Système instable

Type de réponse temporelle ​

La position des pôles permet de prédire le type de réponse temporelle :

Pôles réels ​

  • Pôles réels négatifs : Réponse apériodique (exponentielle décroissante)
  • Plus le pôle est proche de l'origine, plus la constante de temps est grande

Pôles complexes conjugués ​

  • Pôles complexes conjugués : Réponse oscillatoire amortie
  • L'angle θ avec l'axe réel négatif indique l'amortissement : cos⁡(θ)=m
  • Plus les pôles sont proches de l'axe imaginaire, plus les oscillations sont persistantes
Pôles complexes conjugués et coefficient d'amortissement

Identification des paramètres d'ordre 2 ​

Pour un système de second ordre, les paramètres ω0 et m peuvent être identifiés à partir des pôles.

Cas des pôles réels (m≥1) ​

ω0=p1×p2m=−p1+p22ω0

Cas des pôles complexes (m<1) ​

ω0=|p1|=p1×p1∗m=−Re(p1)ω0=cos⁡(θ)

où θ est l'angle entre le pôle et l'axe réel négatif.

Type de filtre ​

La présence et la position des zéros permettent d'identifier le type de filtre :

ConfigurationType de filtre
Pas de zéroPasse-bas
Zéro à l'originePasse-bande
Deux zéros à l'originePasse-haut
Zéros sur l'axe imaginaire (±jω₀)Réjecteur

Identification à partir de la réponse indicielle ​

La réponse indicielle d'un système fournit des informations directes sur son comportement temporel.

Systèmes de premier ordre ​

Pour un système de premier ordre, la réponse indicielle d'un passe-bas s'exprime :

y(t)=T0E(1−e−t/τ)

Méthode d'identification ​

  1. Gain statique : T0=y(∞)E

  2. Constante de temps : Plusieurs méthodes possibles

    • À t=τ, la sortie atteint 63.2% de sa valeur finale
    • À t=3τ, la sortie atteint 95% de sa valeur finale (temps de réponse à 5%)
    • Méthode de la tangente à l'origine

Systèmes de second ordre ​

Pour un système de second ordre de type passe-bas, l'identification dépend du régime.

Identification du type de régime ​

Observer la réponse indicielle permet de déterminer le coefficient d'amortissement :

  • Pas de dépassement → m≥1 (régime apériodique)
  • Présence d'oscillations → m<1 (régime pseudo-périodique)

Cas pseudo-périodique (m<1) ​

Méthode 1 : Dépassement et valeur finale ​
  1. Gain statique : T0=y(∞)E

  2. Dépassement relatif :

Dr=ymax−y(∞)y(∞)=e−πm1−m2

En inversant cette relation :

m=−ln⁡(Dr)π2+ln2⁡(Dr)
  1. Pseudo-période : Mesurer le temps Tp entre deux pics successifs
Tp=2πω01−m2

Une fois m connu, on peut déterminer :

ω0=2πTp1−m2
Méthode 2 : Ratio de dépassements successifs ​

Pour deux dépassements consécutifs y1 et y2 de même signe :

R=|y1−y(∞)||y2−y(∞)|=e2πm1−m2

Lorsque m≪1 :

m≈ln⁡(R)2π
Méthode 3 : Utilisation d'abaques ​

Pour des mesures plus rapides, utiliser les abaques interactives qui donnent directement la relation entre :

  • Dr(%) et m
  • ω0tr et m

Cas apériodique (m>1) ​

L'identification est plus complexe. Une approche consiste à :

  1. Identifier le gain statique T0
  2. Ajuster numériquement les paramètres ω0 et m pour faire correspondre la réponse mesurée

Exemple d'identification ​

Considérons une réponse indicielle avec :

  • Amplitude d'entrée : E=1 V
  • Valeur finale : y(∞)=2 V
  • Premier maximum : ymax=2.4 V
  • Pseudo-période : Tp=0.01 s

Étape 1 : Gain statique

T0=y(∞)E=2

Étape 2 : Dépassement relatif

Dr=2.4−22=0.2=20%

Étape 3 : Coefficient d'amortissement

m=−ln⁡(0.2)π2+ln2⁡(0.2)≈0.456

Étape 4 : Pulsation propre

ω0=2πTp1−m2=2π0.011−0.4562≈704 rad/s

Identification à partir de la réponse fréquentielle ​

Le diagramme de Bode permet d'identifier directement les caractéristiques fréquentielles du système.

Type de filtre ​

Le type de filtre se détermine par observation du comportement asymptotique :

Comportement BFComportement HFType
Constant−40 dB/décPasse-bas 2nd ordre
+40 dB/décConstantPasse-haut 2nd ordre
+20 dB/déc−20 dB/décPasse-bande 2nd ordre
Constant (avec creux)ConstantRéjecteur 2nd ordre

Systèmes de premier ordre ​

Passe-bas ​

  1. Gain statique : Lire |H(j0)| en basse fréquence (en dB ou naturel)

  2. Fréquence de coupure : Fréquence où |H(jωc)|=T02 (soit -3 dB du gain statique)

  3. Constante de temps : τ=1ωc

Passe-haut ​

  1. Gain haute fréquence : Lire |H(j∞)| en haute fréquence

  2. Fréquence de coupure : Fréquence où |H(jωc)|=T∞2

Systèmes de second ordre ​

Identification du gain ​

Selon le type de filtre :

  • Passe-bas : T0=|H(j0)| (gain basse fréquence)
  • Passe-haut : T∞=|H(j∞)| (gain haute fréquence)
  • Passe-bande : Tm=|H(jω0)| (gain à la pulsation propre)

Identification de la pulsation propre ​

Méthode 1 : Intersection des asymptotes ​

Les asymptotes basse fréquence et haute fréquence se croisent à la pulsation propre ω0.

Méthode 2 : Maximum de résonance (si m<0.7) ​

Si le système présente un pic de résonance :

  • Passe-bas : ωr=ω01−2m2
  • Passe-haut : ωr=ω01−2m2
Méthode 3 : Valeur à ω0 ​

Pour tous les types, à la pulsation propre :

|H(jω0)|=|N(jω0)|2m

Identification du coefficient d'amortissement ​

Méthode 1 : À partir de la résonance (si m<0.7) ​

Si m<0.7, le système présente une résonance. Pour un passe-bas :

|H(jωr)|=T02m1−m2

En résolvant :

m=121−(ωrω0)2
Méthode 2 : Valeur à ω0 (pour toutes les valeurs de m) ​

Une fois ω0 identifié, évaluer |H(jω0)| :

m=|N(jω0)|2|H(jω0)|

Pour un passe-bas : m=T02|H(jω0)|

Méthode 3 : Bande passante (pour passe-bande) ​

Pour un filtre passe-bande, la bande passante à -3 dB est :

Δω=2mω0

Donc :

m=Δω2ω0

Exemple d'identification ​

Soit un filtre dont le diagramme de Bode montre :

  • Gain basse fréquence : T0=10 (20 dB)
  • Pic de résonance à fr=1000 Hz avec |H(jωr)|=25 (28 dB)
  • Pente haute fréquence : -40 dB/déc

Identification :

  1. Type : Passe-bas de 2nd ordre (gain constant en BF, -40 dB/déc en HF)

  2. Gain statique : T0=10

  3. Coefficient d'amortissement (à partir du pic) :

    T02m1−m2=25⇒m≈0.22
  4. Pulsation propre :

    ωr=ω01−2m2⇒ω0=ωr1−2m2≈6500 rad/s

Méthodologie générale ​

Pour caractériser un système inconnu :

  1. Observer la représentation disponible (pôles/zéros, indicielle, Bode)

  2. Identifier l'ordre du système (nombre de pôles)

  3. Déterminer le type (passe-bas, passe-haut, etc.)

  4. Extraire les paramètres selon la méthode appropriée

  5. Vérifier la cohérence : Les paramètres identifiés doivent être cohérents entre les différentes représentations

  6. Valider par simulation : Comparer les réponses simulées avec les mesures

Validation croisée

Il est recommandé d'utiliser plusieurs méthodes d'identification pour valider les résultats. Par exemple, les paramètres ω0 et m identifiés à partir de la réponse indicielle doivent donner le même diagramme de Bode que celui mesuré.